Spectacle/ Danse

Regarder avec plus d’attention. Dans un mouvement de rupture permanente, qui suggère une implication du regard, et de l’écoute, voir au-delà de l’historiographie des gestes du quotidien ayant déjà atteint le statut d’œuvre d’art, afin de dépasser la chute, la marche, le trébuchement, l’assise, la course, l'étreinte... Regarder avec plus d’attention. Poser réellement le regard sur ce geste indompté qui dit l’impossibilité d’être apprivoisé. C’est dans cette optique que Henrique Amoedo a pensé la compagnie de danse  Dançando com a Diferença . Sans concessions, ni complaisances. Une démarche artistique qui l’a mené à défier l’artiste La Ribot en lui proposant une création avec les danseurs de la compagnie.

C’est au travers de cette rencontre, acte de communion dans une liberté revendiquée, que nous comprenons  Happy Island  créé par La Ribot, assistée de Telmo Ferreira. Le spectacle est accompagné du film de Raquel Freire. « Dançando com a Diferença » est une compagnie dite de danse inclusive, composée d’une majorité de danseurs atteints du syndrome de Down, mais... Regarder avec plus d’attention. Le spectacle est le fruit d’une rencontre entre des personnes et des lieux spécifiques, proposant un nouveau genre de site-people-specific, qui s’inscrit dans une continuité tout en approfondissant une recherche propre à La Ribot dans laquelle le profondément humain affronte le profondément artistique, se mêlant au profondément extravagant dans une surprenante intimité.

Dans Happy Island, il y a des personnes qui sont des lieux et des lieux qui sont des personnes, et sur ce point de rencontre, ou tension, se produit une fiction, un mythe, une légende. Mais nous ne quittons jamais le réel. Nous n’abandonnons jamais les personnes, qu’elles rient ou qu’elles pleurent. Nous ne quittons jamais le « Fanal », le vertigineux sommet de la forêt de Funchal où le ciel semble toucher les entrailles de la terre - c’est aussi cela que nous voyons dans le film de Raquel Freire. Comme nous voyons l’ensemble de la compagnie célébrer l’expression de la sensualité. Pour mieux brouiller les sens, nous entrons dans un tunnel par des routes coupées de la nature. Réel-imaginaire-specific. Le spectacle et le film se donnent à voir au travers de ce décalage temporel d’images, où l’animal et l’humain s’entrecroisent. Les corps et l’action tiennent à la fois du sexuel, de l’orgiaque comme tout simplement... ils existent.. ou se préparent tout simplement à être et à s’exhiber dans le mouvement le plus minime de l’expression intime. Personnel specific.

Regarder avec plus d’attention. Pour Maria João Pereira se transformer, sur scène, en corps artistique, passe par l’étirement et l’hésitation du geste de s’attacher les cheveux en queue de cheval, de lâcher la chaise roulante et de se laisser tomber par terre. Puis, rester ainsi, étendue sur le côté, tremblante. Combien de pièces contemporaines explorent l’intensité dérangeante du corps qui tremble, qui se défait et se refait continuellement ? L’individu est, ici, un « site specific » et le lieu qu’il constitue est fortement subjectif et imaginaire. Au travers de cette rencontre singulière entre La Ribot et toutes ces spécificités, un nouveau geste est généré, qui n’est, en vérité, que l’évidence de ce qui existait déjà dans ses œuvres précédentes. Comme cette évidence palpitait déjà aussi dans les corps dansants de Bárbara Matos, Joana Caetano, Sofia Marote, Pedro Alexandre Silva, Maria João Pereira. Encore un ready made. Le réel-imaginaire-personnel-specific-ready-made. Et Duchamp à nouveau.

 

Le réel devient objet d’art et l’art, dans cette expérience sensible avec l’autre, représente une réalité qui passait inaperçue auparavant. Regarder avec plus d’attention. Le profondément humain, le profondément conceptuel, le profondément organique, le profondément géométrique, le profondément narratif et fictionnel, le profondément abstrait et épuré. Le Kitsch, le mythologique, le sexuel, le burlesque et le géométrique. L’île est le lieu de l’imagination, mais l’imagination est le lieu de la liberté d’expression de chacun. Et tout individu est cette île, qui ressemble à la peinture d’un paysage. Une forêt noyée par la brume dans laquelle le public est accueilli au début du spectacle. Plus tard, nous découvrons que son isolement suppose de multiples significations, tout comme il implique le profondément relationnel. L’île et l’individu se confondent. Toutes les fictions qui les habitent également. Ainsi, dans Happy Island, fiction et réalité se rapprochent d’un rêve vécu et rêvé. Ce qui existe et nous est montré n’est finalement que le témoignage de la vie et de l’art. Specific. Regarder avec plus d’attention.

Claudia Galhós, écrivaine et critique

Show/ Dance

Look more closely. See beyond the historiography of the daily gestures that have already gained the status of art, in a movement of permanent rupture that suggests an implication of that gaze, and of the listening, to go beyond the falling, the walking, the stumbling, the sitting, the running, the embracing… Look more closely. Let your gaze truly rest on that rebel gesture that speaks of the impossibility of being tamed. This is how Henrique Amoedo has been conceiving the company Dançando com a Diferença. Without concessions or easy solutions. Because of this, artistic thought led him to dare La Ribot to meet the group.

It is in this encounter, act of communion in demanded freedom, that we perceive this Happy Island that La Ribot created with the dancers from Dançando com a Diferença, a film by Raquel Freire with choreographic assistance by Telmo Ferreira. They say this is an inclusive dance company, with a majority of dancers with Down Syndrome, but... Look more closely. This is a meeting between specific people and places, formulating a new kind of site-people-specific, continuing but deepening a line of research that we recognize in La Ribot, where the deeply human challenges the deeply artistic, touching each other in an astounding intimacy of the profoundly delirious.

In Happy Island there are people who are places and places that are people, and in the meeting, or tension, between the two, fiction is created, myth, legend. And we never leave reality. We never abandon people, in laughter or in tears. We never leave Fanal, the vertiginous highest point in Funchal forest, where the sky seems to touch the earth’s entrails – this is also what we see in the film by Raquel Freire, as well as the wider community of the whole dance company in a celebration of expression of sensual feeling. We enter the tunnel, through these roads breached from nature, to confuse the senses. Real-imaginary-specific. It is also in this temporal paradox of imagery that the live happening and the projected film move, where animal and human intersect in the body and in the act, which has as much of sexual, orgiastic, as it simply… is… or is simply willing to be in the smallest movement of personal expression. Personal Specific.

Look more closely. To Maria João Pereira, taking the form of living art, on stage, has the expanded and trembling duration of pulling her hair into a ponytail, leaving the wheelchair and going to the ground. And then rest, lying on her side, trembling. How many contemporary dance pieces explore the disturbing intensities of the trembling body, which unmakes and remakes itself continuously? Here, a person is a 'site specific', and the site that is thus composed is strongly subjective and made up from fable. In the delirious encounter between all these specificities and La Ribot, a new gesture is generated, which in truth is only evidence of something that already existed in her work, and of something that already pulsated in those bodies – of Bárbara Matos, Joana Caetano, Sofia Marote, Pedro Alexandre Silva, Maria João Pereira. Therefore, again the readymade. The real-imaginary-personal-specific-readymade. And Duchamp, again.

Reality rendered art and art that, in the sensitive cleansing of the meeting with the other, reveals reality that previously went unnoticed. Look more closely. Deeply human, deeply conceptual, deeply organic, deeply geometric, deeply narrative and fictional, deeply abstract and purified. Kitsch, mythological, sexual, cabaretic and geometric. The island is the place of fantasy, but fantasy is the place of free expression of each individual, and each individual is that island that seems to be a hand painted landscape, of a forest immersed in mist, which greets the audience in the beginning of the show only for us to discover later that its isolation integrates multiple internal contents and is deeply relational. Island and person blend together. And so do all the fables that inhabit them. And thus fantasy and reality come closer to a lived and dreamt dream. What exists and what is shown in Happy Island is a testimony of life and art. Specific. Look more closely.   

Claudia Galhós, writer and critic

Espectáculo/ Danza

Mirar más atentamente. Ver más allá de la historiografía de los gestos de lo cotidiano que ya han adquirido categoría de arte, en un movimiento de ruptura permanente que sugiere una implicación en esa mirada y en la escucha, para ir más allá del hecho de caerse, de andar, de sentarse, de correr, de abrazar… Mirar más atentamente. Posar de verdad la mirada sobre ese gesto rebelde que revela la imposibilidad de ser domado. Es en ese sentido en el que Henrique Amoedo ha pensado la compañía Dançando com a diferença. Sin concesiones ni simplificaciones. Por eso el pensamiento artístico le ha llevado a desafiar a La Ribot a encontrarse con el grupo.

Es en ese encuentro, en ese acto de comunión con la libertad reivindicada, en el que percibimos esa Happy Island que La Ribot ha creado con los bailarines de Dançando com a diferença, una película de Raquel Freire con asistencia coreográfica de Telmo Ferreira. Se dice que ésta es una compañía de danza inclusiva, en la que la mayoría de los bailarines tienen síndrome de Down, pero… Mirar más atentamente. Este es un encuentro de personas y lugares específicos que engendra un nuevo género de site-people-specific, que continúa con una línea de investigación en la que reconocemos a La Ribot y profundiza en ella, donde lo profundamente humano desafía a lo profundamente artístico, que se tocan en la asombrosa intimidad de lo profundamente delirante.

En Happy Island hay personas que son lugares y lugares que son personas, y en ese encuentro o tensión entre ambos se genera la ficción, el mito, la leyenda. Sin renunciar a la realidad. No abandonamos nunca a las personas, ni en las risas ni en las lágrimas. Nunca salimos de Fanal, el vertiginoso punto más alto de la selva de Funchal, donde el cielo parece tocar las entrañas de la Tierra. Eso es también lo que vemos en la película de Raquel Freire, además de en la amplia comunidad de toda la compañía de danza que festeja la expresión de los sentidos. Entramos en el túnel por esas carreteras que se abren camino entre la naturaleza, para confundir a los sentidos. Real-imaginario-specific. Es en esa paradoja temporal y figurativa en la que también se mueven el espectáculo en directo y la película proyectada, donde lo animal y lo humano se entrecruzan en el cuerpo y en el acto que tiene tanto de sexual y orgiástico como simplemente de… ser… o simplemente de disponerse a ser y a estar en el mínimo movimiento de la expresión personal.Personal Specific.

Mirar más atentamente. Maria João Pereira tarda en transformarse en puro arte en el escenario el tiempo que invierte en recogerse de forma trémula el pelo en una cola de caballo, dejar la silla de ruedas y bajar al suelo. Y luego se queda allí, tumbada de lado, temblando. ¿Cuántos espectáculos de danza contemporánea estudian las perturbadoras intensidades del cuerpo trémulo, que se hace y deshace constantemente? Aquí, la persona es un “site specific” y el lugar que se constituye de ese modo es intensamente subjetivo y fantástico. En el encuentro delirante de todas esas particularidades con La Ribot se genera un nuevo gesto, que en realidad no es más que la muestra de algo que ya existía en sus obras, y que es simplemente la evidencia de algo que ya palpitaba en los cuerpos de Bárbara Matos, Joana Caetano, Sofia Marote, Pedro Alexandre Silva y Maria João Pereira. Y ahí es donde vuelve a surgir el ready made. Lo real-imaginario-personal-specific-ready-made. Y de nuevo Duchamp.

Lo real transformado en arte y el arte que, en la depuración sensible del encuentro con el otro, permite ver lo real que antes pasaba desapercibido. Mirar más atentamente. Profundamente humano, profundamente conceptual, profundamente orgánico, profundamente geométrico, profundamente narrativo y ficcional, profundamente abstracto y depurado. Kitch, mitológico, sexual, cabaretero y geométrico. La isla es el lugar de la fantasía, pero la fantasía es el lugar de la expresión libre de cada uno y cada uno es esa isla que aparenta ser una pintura manual de un paisaje, de una selva sumergida en bruma que recibe al público al inicio del espectáculo para, más tarde, hacernos descubrir que su aislamiento integra múltiples contenidos internos y es profundamente relacional. La isla y la persona se confunden. Así como todas las fábulas que habitan dentro de ambas. Y así, la fantasía y la realidad se acercan a un sueño vivido y soñado. Lo que existe y lo que se muestra en Happy Island es un testimonio de vida y de arte. Specific. Mirar más atentamente.

Claudia Galhós, escritora y critica

credits

Happy Island 2018 by La Ribot with Dançando com a Diferença

CHOREOGRAPHIC PIECE

Concept, Direction and characters /costumes: La Ribot Choreography by La Ribot with Bárbara Matos, Joana Caetano, Maria João Pereira, Sofia Marote, Pedro Alexandre Silva. Choreography assistant: Telmo Ferreira Light design, operateur and technical direction: Cristóvão Cunha Artistic collaboration and direction of interviews: Josep-María Martín Participants in the interviews: Emília Monteiro, Maria João Pereira, Bárbara Matos, José Figueira, Joana Caetano y Pedro Alexandre Silva Music: Francesco Tristano, Jeff Mills, Archie Shepp, Oliver Mental Grouve , Atom tm, Raw C + Pharmakustik Costume making: Laurence Durieux / Teresa Neves Production directors: Henrique Amoedo y Paz Santa Cecilia Executive producers: Diogo Gonçalves y Paz Santa Cecilia

FILM

Concept: La Ribot and Raquel Freire Realization: Raquel Freire Choreography and costumes: La Ribot Choreography assistant: Telmo Ferreira.  Performers of the Company Dançando com a Diferenca : Aléxis Fernandes;  Bárbara Matos; Bernardo Graça; Cristina Baptista; Diogo Freitas; Filipa Vieira; Isabel Teixeira; Joana Caetano; José Figueira; Lígia Rosa; Maria João Pereira; Natércia Kuprian; Nuno Borba; Pedro Alexandre Silva; Rui João Costa; Sara Rebolo; Sofia Pires; Sofia Marote; Telmo  Ferreira; Teresa Martins; Vittória Vianna. Camera: Raquel Freire y Valérie Mitteaux Montage: Raquel Freire Realization assistant: Valérie Mitteaux Production directors: Henrique Amoedo y Paz Santa Cecilia Executive producers: Diogo Gonçalves y Paz Santa Cecilia

 HAPPY ISLAND is a production by Dançando com a Diferença-Madère and La Ribot–Genève, in coproduction with Le Grütli-Centre de Production & de Diffusion des Arts Vivants- Festival La Bâtie-Genève, 600 Anos – Madeira e Porto Santo, and  CN D, Centre national de la danse - Paris With the support of: La Fondation Ernst Göhner, AC/E (Acción Cultural Española), NAVE (Chile) Thanks: To Mateo Jobin for the title of «Happy Island», to Lidia Rodrigues for the feather cap, to Eric Weiss for the black T-shirt and to Marco de Barros and Nunno Borba  for their  constant support.

Dançando com a Diferença President du Dirección: Telmo Ferreira. Artistic Direction: Henrique Amoedo Executive production  & Comunication: Diogo Gonçalves Support for artistic production: Nuno Borba and Natércia Kuprian Dançando com a Diferença it is a structure financed by República Portuguesa / Direção Geral da Artes, Governo da Madeira / Secretaria Regional de Educação and Secretaria Regional do Turismo e Cultura

La Ribot Cie: Artistic Direction : La Ribot. Executive production: Paz Santa Cecília. Production & Comunication: Sara Cenzual Administration : Gonzague Bochud. Technical Direction: Marie Prédour La Ribot- Genève is suppoted by the Ville de Genève,  République et Canton de Genève, Pro Helvetia Fondation Suisse for Culture. La Ribot is an associated artist at CN D, Centre national de la Danse, Paris.

 

 

 

ressources

     

2018

   
Berger, K. Les arts vivant appellent à une "néorenaissance" La Tribune de Genève, sept.
Dalla Torre, C. Les possibilités d'une île Le Courrier, 30 août 2018
Demidoff, A. L'empire des sens selon La Ribot Le Temps, sept.
Marinero, C. La Ribot: "Siempre estoy en el margen de la norma El Mundo, 10 septembre 2018
Mérino L., S. La isla feliz de La Ribot El Pais 12 septembre 2018

calendar

2018

     
23.11   Happy Island   Culturgest Lisbon, Portugal
17.11-18.11   Happy Island   Teatro Viriato Viseu, Portugal
12.09-14.09   Happy Island   Festival IDEM — La Casa Encendida Madrid, Spain
05.09-09.09   Happy Island   Festival de la Bâtie — Le Grütli Geneva, Switzerland