Projet distingué
Sous le titre générique, de Piezas distinguidas , des œuvres de 30’ à 7 mn, courtes adaptations de concepts présentés dans les arts visuels ou en danse.
Dans ces poèmes en mouvement ou ces tableaux vivants, La Ribot se montre nue, avec de la distinction, « comme seul paravent contre l’offense ».
Ses pièces distinguées sont en vente ou vendues à des propriétaires distingués. Le projet de La Ribot est d’en créer cent. En dix années, elle en aura réalisé 34 présentées par séries, jusqu’à la compilation intégrale, sorte de méta-performance intitulée Panoramix .
La première série (treize pièces) se consacre au corps et à la théâtralité. La Ribot s’en explique dans un entretien realisé en 2001 :
“ Chacune de mes pièces dit de manière plus vive et éloquente ce que je pourrais tenter d’expliquer avec des mots autour de l’art visuel, de la danse. Dans le concret, je prépare ces pièces comme un peintre dans son atelier et non pas comme une chorégraphe dans un studio. L’espace où je travaille n’est pas vide, je reste en contact avec toutes les choses qui font partie de mon environnement familier alors qu’en danse, l’espace est beaucoup plus neutre. Ce travail-là, même s’il est nourri d’influences ou de mon intérêt pour les arts plastiques est assez élémentaire, direct. Finalement, je n’y parle que de mes préoccupations artistiques du moment.
Dans la deuxième série intitulée Mas distinguidas , j’ai composé l’ensemble des pièces en redéfinissant l’espace. Il est horizontal et tous mes déplacements sont écrits à la façon d’un zoom, dans un mouvement avant, arrière, centre. Dans l’assemblage d’une série, je cherche toujours un ordre organique qui réfléchit aussi à l’orientation du regard. Pour Still Distinguished , j’ai pensé à l’espace public et choisi de montrer les pièces dans les conditions d’une exposition. C’est plus proche de la sculpture, le temps est plus long et tout l’espace est parcouru : surface, angles, etc... Bien sûr, étant donné d’où je viens, j’utilise mon corps, je travaille sur le temps et l’espace et je traite le mouvement comme la musique et les objets. Quand je prépare une pièce, je ne pense qu’à l’idée, comment la fixer, en donner ma vision. Le mouvement est une conséquence de l’idée, il vient de différents lieux, il est organique, physique. Ensuite, c’est la situation qui fait la surprise, donne l’émotion. Quand je me produis, je n’ai pas à interpréter. Je dois rester fidèle à cette idée car je suis liée au propriétaire distingué qui m’a acheté, en fait, une idée dans l’espace. Je suis seulement l’idée, mon corps fait l’idée. Je joue avec l’éphémère, mais ….c’est une idée fixe ! "
Le « projet distingué » comprend en plus le livre La Ribot dont le premier volume avec sa sélection d’images renvoie à cette période. Ainsi que le film Treintaycuatropiècesdistinguées&ONEstriptease , autre forme, autre regard sur l’ensemble de ce corpus.
Irène Filiberti